La bioéthique et ses enjeux

La bioéthique est la discipline qui interroge les dimensions éthiques suscitées par les sciences du vivant. Mais son originalité réside dans le fait que les interrogations qu’elle impulse vont bien au-delà de la déontologie propre aux diverses pratiques professionnelles concernées : elle intègre de fait une réflexion sur les limites du pouvoir légitime de l’humanité sur elle-même, les évolutions de la société, voire les équilibres mondiaux induits par les développements scientifiques et technologiques liés à la détermination de la vie humaine. Ainsi, la bioéthique touche aux questions d’éthique médicale, de la recherche sur les cellules-souches, des tests génétiques, du consentement et au libre choix dans des opérations de nature à transformer le corps et la vie des humains, mais aussi de l’égalité d’accès aux soins et aux médicaments.

Ces interrogations fondamentales interpellent in fine les normes éthiques et les règles juridiques que les sociétés humaines se donnent. Cette interpellation se fait d’autant plus urgente qu’aujourd’hui un nombre croissant de pratiques scientifiques dépassent les frontières nationales, requérant l’établissement de repères éthiques universels couvrant l’ensemble des questions qui se posent dans le domaine de la bioéthique dans le débat international. Ce besoin est exprimé par les scientifiques et les praticiens eux-mêmes, ainsi que par les législateurs et les citoyens. C’est ainsi que l’UNESCO a intensément œuvré en vue de l’émergence de valeurs communes dans ce domaine par l’adoption en 1997 de la « Déclaration universelle sur le génome humain et les droits de l’homme », prolongée et mise en œuvre par la « Déclaration internationale sur les données génétiques humaines » (2003), et enfin par l’adoption de la « Déclaration universelle sur la bioéthique et les droits de l’homme » (DUBDH) (2005).

La DUBDH inscrit explicitement les interrogations bioéthiques dans l’horizon philosophique des droits et des libertés fondamentales, balisant ainsi des sentiers clairement définis pour l’élaboration de lois et de règles spécifiques au niveau national. Cette Déclaration prône également la création de comités nationaux de bioéthique indépendants, multidisciplinaires et pluralistes au niveau national, comme plateformes idéales pour la mise en œuvre de ces divers instruments normatifs, et pour informer les débats publics.

  • La dignité humaine comme fondement de tous les droits de l’homme

Avec l’avènement des normes internationales relatives à la bioéthique, le principe de respect de la dignité humaine prend une importance considérable en raison notamment de l’essor des pratiques biomédicales et des nouveaux enjeux qu’elles suscitent en termes de droits fondamentaux de la personne : droit à la vie, à l’intégrité physique, à la santé, à la solidarité, etc.

Au cours des trois dernières décennies, la recherche biologique et les techniques biomédicales ont en effet connu une formidable accélération, mettant à la disposition des hommes, non pas seulement des techniques thérapeutiques nouvelles, mais fait inédit, les moyens de donner vie hors des processus naturels connus jusque-là. De telles avancées provoquent autant d’espoirs que de questionnements, comme en témoignent leurs échos médiatiques, mais aussi les initiatives prises aux niveaux nationaux et internationaux pour délibérer et produire des normes susceptibles de répondre aux nouveaux défis.

Si le savoir est toujours positif, son application ne l’est pas toujours. C’est pourquoi l’éthique est devenue si pertinente et centrale, surtout avec l’augmentation de la connaissance et sa mise en œuvre continue sous l’influence des intérêts économiques. Les éléments ayant un impact important d’un point de vue personnel et social font l’objet de la bioéthique, puisque la dignité et l’égalité humaines sont le fondement, la pierre angulaire, des devoirs et des droits.

  • La réduction des inégalités reste un but fondamental de la bioéthique

Les inégalités socio-économiques s’aggravent partout dans le monde, au sein des pays et entre les pays. Aussi, l’éthique de la gouvernance au niveau technoscientifique est au cœur de la problématique de la protection des individus et des groupes vulnérables. D’une part, la corruption qui constitue le nerf de la guerre, comme c’est le cas en matière de contrefaçon médicale et des faux médicaments. Il s’agit d’un marché qui s’adresse principalement aux populations pauvres qui n’ont pas financièrement accès aux médicaments produits selon les normes internationales de qualité et de sécurité, et exploite leur vulnérabilité.

D’autre part, se pose la question de comment protéger les personnes et groupes vulnérables au vu des risques de plus en plus grands et divers de marchandisation du corps à l’échelon international (vente d’organes et de tissus, gestation pour autrui-GPA) ? L’on s’interroge dès lors sur la ligne de démarcation entre l’altruisme et l’exploitation de la vulnérabilité qui touche principalement les femmes dans beaucoup de régions du monde.